
Mardi 17 mars 2026 – 13 h à 16 h 30
Les vieilles forêts boréales sont cruciales pour la biodiversité, mais il demeure difficile d’identifier précisément les peuplements les plus anciens. Découvrez des modèles innovants qui précisent la cartographie de la structure d’âge — notamment des forêts de plus de 250 ans — ainsi que l’apport du lidar mobile terrestre pour caractériser la composition forestière, le bois mort et les dendromicrohabitats.
Par ailleurs, les changements climatiques influencent la répartition des espèces. Quels sont les effets sur la répartition de l’orignal et du cerf de Virginie? Tandis que certaines espèces déclinent et que d’autres prolifèrent, comment intégrer les effets des fortes populations d’orignaux dans les possibilités forestières, le bilan carbone et les stratégies de gestion collaborative avec les partenaires autochtones et allochtones partageant cette ressource?
Les présentations des conférences se trouvent dans l’ordre du jour ci-dessous.
13 h Mot d’ouverture
Conférencières : Marie-Eve Roy, responsable du transfert des connaissances scientifiques forestières et Emilie Champagne, chercheuse, Direction de la recherche forestière (DRF), ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF)
13 h 10 Cartographier le gradient successionnel complet, de 30 ans à plus de 250 ans, des forêts boréales par télédétection pour un aménagement durable des vieilles forêts
Conférencier : Maxence Martin, professeur d’écologie forestière appliquée, Institut de recherche sur les forêts (IRF), Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)
Les vieilles forêts boréales jouent un rôle clé dans la conservation de la biodiversité et les stratégies climatiques. Les cartes et les modèles prédictifs de l’âge forestier perdent toutefois en précision au-delà de 100 à 150 ans, ce qui limite l’identification des forêts les plus vieilles. Ce projet vise donc à créer des modèles prédictifs de l’âge des forêts boréales du Québec sur l’ensemble du gradient successionnel, incluant les peuplements très anciens (>250 ans). Les modèles reposent sur un réseau de placettes naturelles d’âge postfeu connu (30 à >300 ans) et utilisent une combinaison de données lidar aéroportées et des données prédictives d’espèces d’arbres, à différentes résolutions spatiales (400 à 10 000 m2). Les résultats montrent des performances robustes des modèles (R2 : 0,50–0,76; RRMSE : 14,50–20,26 %; biais : −1,09 à 3,93 ans), avec des estimations non biaisées au-delà de 250 ans. La composition en essences améliore fortement les prédictions en forêt boréale mixte, tandis qu’en forêt coniférienne, les métriques structurelles tridimensionnelles du lidar suffisent à fournir des estimations précises. Ces modèles offrent une représentation spatiale inédite de la structure d’âge des forêts boréales, en particulier des plus vieux peuplements, et constituent un outil majeur pour identifier, conserver et gérer la diversité successionnelle complète des vieilles forêts dans un contexte de changements globaux.
13 h 25 Cartographie prédictive du bois mort et des dendromicrohabitats à l'aide du lidar aéroporté dans les forêts boréales : un nouvel outil pour estimer la biodiversité
Conférencière et conférencier : Marie-Ève Jarry et Lucas Chambon, étudiants à la maîtrise en écologie et en aménagement forestier, IRF-UQAT
Collaborateurs et collaboratrice : Osvaldo Valeria (IRF-UQAT), Patricia Raymond (DRF-MRNF), Martin Barrette (DRF-MRNF) et Maxence Martin (IRF-UQAT)
Le bois mort et les dendromicrohabitats, tels que les cavités ou les épiphytes, sont des habitats essentiels pour de nombreuses espèces spécialisées des écosystèmes boréaux. Leur cartographie permet d’évaluer l’importance écologique des peuplements forestiers pour la biodiversité. Ce projet visait donc à développer des modèles prédictifs de l’abondance et de la diversité du bois mort et des dendromicrohabitats dans les forêts boréales mixtes et conifériennes de l’est du Canada à partir de données de télédétection. L’étude repose sur les données terrain d’un réseau de vieilles forêts d’âges, de compositions et d’historiques de perturbations variés, combinées à des métriques dérivées des données lidar aéroportées et d’espèces d’arbres prédites. Les résultats montrent que le lidar aéroporté permet de prédire efficacement l’abondance et la diversité des dendromicrohabitats ainsi que l’abondance du bois mort, mais cet outil est moins performant pour estimer la diversité des stades de décomposition du bois mort. Les modèles obtenus améliorent la compréhension des liens entre structure forestière et habitats, et les cartes prédictives révèlent à l’échelle du paysage les vieilles forêts d’importance écologique élevée pour la biodiversité. Ces outils innovants facilitent l’intégration du bois mort et des dendromicrohabitats dans les pratiques et les décisions d’aménagement forestier, en aidant à distinguer les peuplements à prioriser pour la récolte ou pour la conservation.
13 h 50 Caractérisation de la structure interne des peuplements forestiers et des habitats fauniques à l’aide du lidar mobile
Conférencière et conférenciers : Philippe Nolet, professeur en écologie forestière et sylviculture; Marie-Eve Charlebois, étudiante à la maîtrise en biologie et Frédéric Moore, professionnel de recherche; Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT), Université du Québec en Outaouais (UQO)
Collaborateur : Pascal Rochon (UQO)
Dans cette présentation, nous introduisons deux nouveaux outils conçus dans le cadre de ce projet illustrant le potentiel du lidar mobile terrestre (MLS) pour l’étude fine des écosystèmes forestiers. Le premier outil permet l’identification des essences forestières directement à partir des nuages de points MLS, en établissant un lien explicite entre les arbres segmentés en 3D et les photos prises en forêt. Le second outil repose sur la visualisation immersive des nuages de points à l’aide d’un casque de réalité virtuelle. Cette approche offre une perception inédite de la structure forestière et se révèle particulièrement utile pour la description détaillée du bois mort au sol, un compartiment clé souvent difficile à caractériser avec précision. Dans un second temps, la présentation démontre comment le lidar mobile peut être mobilisé pour mieux comprendre certains processus écologiques. Un premier exemple illustre l’utilisation du MLS pour analyser la dynamique spatiale de la prolifération du hêtre, en mettant en évidence des patrons fins de distribution et de régénération à l’échelle du peuplement. Un second exemple montre comment les données lidar mobiles peuvent servir à quantifier l’obstruction visuelle telle qu’elle est perçue par le cerf de Virginie, ce qui offre une nouvelle perspective pour relier la structure tridimensionnelle de la forêt à l’écologie comportementale de la faune.
14 h 40 Pause
14 h 55 Modélisation de l'évolution de la niche climatique de l'orignal et détermination de l'influence de l'aménagement dans sa relation avec la régénération forestière
Conférencier : Fabien St-Pierre, étudiant au doctorat, Université du Québec à Rimouski (UQAR)
Collaboratrice et collaborateurs : Chloé Morineau (UQAR), Jean-Pierre Tremblay (ULaval) et Martin-Hugues St-Laurent (UQAR)
Les changements climatiques entraînent le déplacement des températures moyennes vers les pôles et des altitudes plus élevées, induisant ainsi une modification de l'aire de répartition de plusieurs espèces. Cependant, des études récentes montrent que les déplacements observés de l'aire de répartition d’un nombre croissant d’espèces n’ont pas suivi le déplacement des températures, allant même parfois en direction contraire. Notre objectif était de déterminer l’influence des changements climatiques sur les modifications récentes de l'aire de répartition de l’orignal et du cerf de Virginie dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Nous avons reconstruit l'aire de répartition passée de ces deux espèces en utilisant uniquement des variables climatiques, puis comparé ces aires de répartition théoriques à celles observées. Les aires de répartition observées et reconstruites du cerf concordent, ce qui indique un lien fort entre les modifications du climat et l’expansion vers le nord de cette espèce. En ce qui concerne l’orignal, les déplacements de l'aire de répartition reconstruite à partir du climat sont beaucoup plus faibles que les déplacements observés. Ces résultats révèlent que les changements climatiques ne sont pas le principal facteur expliquant les déplacements récents de l'aire de répartition de l’orignal, même s’ils ont favorisé l’expansion vers le nord de l'aire de répartition du cerf.
15 h 20 Recherche d’un régime d'équilibre sylvo-cynégétique permettant l'atteinte des objectifs d'aménagement forestier durable
Conférencier : Jean-Pierre Tremblay, professeur titulaire en biologie, Université Laval (ULaval), Centre d'étude de la forêt et Centre d'études nordiques
Collaborateurs et collaboratrices : Evelyne Thiffault (ULaval), Jean-François Bissonnette (ULaval), Julie Barrette (MRNF-DRF), Hugues Power (MRNF-DRF), Martin Barrette (MRNF-DRF), Maxime Lavoie (MELCCFP), Jean-François Lamarre (ULaval), Philippe Marcotte (BFEC), Laurent De Vriendt (Sépaq) et Louis Lesage (Nation huronne-wendat)
Le processus de prise de décision dans l'aménagement forestier durable doit prendre en considération de nombreuses contraintes, notamment celles imposées par les changements globaux. Plusieurs espèces animales sont affectées négativement par ces changements, alors que d'autres voient leur abondance augmentée. C'est le cas de certains cervidés, dont l'orignal dans l'est du Canada et en Scandinavie. Dans les situations les plus notables, le cumul des répercussions chroniques des herbivores peut altérer la résilience des forêts jusqu'à les entraîner sur des voies de succession alternatives. Le projet interdisciplinaire sur la recherche d'un régime d'équilibre sylvo-cynégétique (ESC) vise l'intégration des effets des populations abondantes d'orignaux dans le calcul des possibilités forestières annuelles de coupe et du bilan carbone de l'aménagement forestier. Les prochaines présentations résumeront les principaux résultats obtenus par les contributrices et les contributeurs au projet ESC en lien avec 1) l'estimation des effets du broutement par l'orignal sur le recrutement et la croissance des tiges dans la sapinière à bouleau blanc de l'Est, 2) l'intégration des effets dans les courbes d'évolution des volumes de bois et dans l'estimation du bilan carbone ainsi que 3) le développement de mesures de gestion collaborative de l'orignal et de son habitat entre les différents intervenants autochtones et allochtones partageant la ressource.
1) L'estimation des effets du broutement par l'orignal sur le recrutement et la croissance des tiges dans la sapinière à bouleau blanc de l'Est
Conférencier : Hugo LaRue, candidat au doctorat en sciences forestières, Université Laval
Le broutement sélectif par l’orignal peut profondément modifier la régénération forestière en réduisant la survie et la croissance de certaines espèces, ce qui modifie la dynamique de compétition et la succession des peuplements. Nous avons examiné (1) si le broutement sélectif empêche certaines espèces d’atteindre le stade de gaule et (2) dans quelle mesure le broutement apical et latéral affecte la croissance en hauteur des gaules de sapin baumier. À l’été 2023, nous avons inventorié 56 peuplements récoltés entre 2000 et 2015 à la forêt Montmorency.
Nos résultats montrent que les feuillus intolérants fortement sélectionnés au stade semis subissent également les plus fortes diminutions au stade de gaule, ce qui indique que le broutement limite leur passage vers le stade gaulis. Chez les gaules de sapin baumier, le broutement apical et latéral réduit de façon additive la croissance en hauteur. Le broutement latéral a un effet comparable à celui du broutement apical. Ces résultats montrent que le broutement de l’orignal ne modifie pas seulement la composition spécifique, mais qu’il ralentit aussi la croissance des individus survivants, ce qui souligne l’importance d’intégrer cette pression dans les modèles de croissance et les stratégies d’aménagement adaptatif.
2) L'intégration des effets du broutement dans les courbes d'évolution des volumes de bois et dans l'estimation du bilan carbone
Conférencière : Ophélie Calouro, étudiante à la maîtrise en sciences forestières, Université Laval
Les forêts boréales jouent un rôle clé dans la lutte contre les changements climatiques en captant et en stockant le carbone atmosphérique. Toutefois, ce rôle est rarement évalué en tenant compte de la pression exercée par les grands herbivores, comme l’orignal. Cette partie de l’étude s’est penchée sur l’effet du broutement de l’orignal sur la croissance des forêts et leur bilan carbone dans la sapinière à bouleau blanc de l’Est du Québec, en utilisant la forêt Montmorency comme territoire d’étude. À l’aide de scénarios de broutement allant de faible à très intense, nous avons simulé l’évolution de la croissance forestière et des stocks de carbone sur une période de 150 ans. Selon les hypothèses et les paramètres retenus dans les simulations, le broutement entraîne le ralentissement du développement des peuplements, une forte réduction de la présence des feuillus et un retard dans l’accumulation du volume de bois marchand. À l’échelle du paysage, cette pression entraîne une diminution durable des stocks de carbone, tant dans la forêt que dans les produits du bois, surtout lorsque le broutement est intense. Ces résultats indiquent que la pression de l’orignal peut réduire la capacité des forêts aménagées à agir comme puits de carbone. Intégrer cet effet dans les outils de planification forestière permettrait d’améliorer les prévisions de récolte et de séquestration du carbone et d’appuyer des décisions cohérentes avec les objectifs climatiques et d’aménagement durable.
3) Gestion et conservation de la faune au Québec : enjeux et défis en matière d'approches collaboratives
Conférencier : Jean-François Bissonnette, professeur, Département de géographie, Université Laval (ULaval)
Collaboratrice et collaborateur : Catherine Ouellet (ULaval) et Louis Lesage (ALTO)
L’orignal joue un rôle important dans les écosystèmes forestiers. Il s’agit également d’une espèce dotée d’une grande valeur sur les plans culturel et social, notamment pour diverses nations autochtones, dont la nation Wendat, en tant que gibier. De trop fortes densités d’orignaux peuvent nuire à la régénération forestière, alors qu’une chasse intensive peut causer une diminution de l’espèce et entraîner des répercussions négatives pour les collectivités qui s’en nourrissent ou bénéficient des retombées liées à la chasse. Plusieurs parties prenantes sont impliquées dans la gestion des populations d’orignaux au Québec; cependant, leurs intérêts et leur conception de cette ressource peuvent varier. À cet égard, l’objectif principal de ce projet est d’étudier les enjeux de la gestion collaborative de la population d’orignal et de son habitat, et ce, entre les différents intervenants et intervenantes autochtones et allochtones partageant la ressource.
16 h 10 Mot de la fin
* Les heures sont données à titre indicatif seulement. Des périodes de questions et une pause sont également prévues et peuvent varier selon le déroulement de la rencontre.
* Le contenu des présentations des conférenciers et des conférencières n’engage qu’eux et qu’elles. Vous aurez ici accès à leurs présentations et aux enregistrements des conférences à la suite de l’activité.